Assura :Des patients boycottés par deux réseaux de médecins

Boycotter les assurés de la caisse maladie Assura? Voilà l’appel lancé par deux puissants réseaux alémaniques de médecins. La raison? La caisse maladie de Pully (VD) serait la seule à ne pas financer un système permettant de diriger un patient vers le praticien adéquat. «En recommandant nos médecins à ses assurés, Assura utilise nos prestations sans les payer», accuse Felix Huber, président du réseau Medix.

Le torchon brûle entre d’un côté Medix et Argomed, et de l’autre Assura. Conséquence du boycott des patients: les 690 000 assurés de la caisse vaudoise essuieront un refus quand ils voudront changer de médecin ou consulter un spécialiste. Le directeur d’Argomed le dit au nom de ses 700 médecins argoviens, soleurois ou lucernois: «Nous n’acceptons plus de nouveaux patients assurés chez Assura!»

Refuser des patients, est-ce admissible d’un point de vue juridique et éthique? «C’est parfaitement légal, sauf pour les cas d’urgence», répond Daniel Dauwalder, porte-parole à l’Office fédéral de la santé publique. Le cas le plus souvent invoqué, c’est une surcharge de travail: «Un médecin de famille est autorisé à refuser un patient qui nécessite un traitement à long terme», insiste Daniel Dauwalder.

«Pour une urgence, il n’y a pas de discussion: ces patients seront traités!» insiste Karl Züger, directeur d’Argomed. Son appel ne vaut que pour les nouvelles admissions, mais pour le conseiller national Jean-François Steiert, vice-président de la Fédération suisse des patients, refuser quelqu’un en raison de son affiliation n’est «moralement pas admissible». Et d’ajouter: «La loi le permet, mais je trouve ça scandaleux!».

Selon lui, les réseaux sont surtout actifs dans les cantons alémaniques. Le représentant des patients dénonce ces médecins «qui font des choix en fonction des marges obtenues en excluant une caisse maladie», via des réseaux qu’il qualifie de «lucratifs». «Ils prennent les patients en otage!»

Aucune directive côté romand

Refuser les patients d’Assura ne viendrait pas à l’idée de Joëlle Coclet, coordinatrice à Onex (GE) du réseau de soins Delta, seul du genre en Suisse romande. «Ce serait horrible!» s’exclame celle qui se dit «effarée». Au service des médecins de famille, Delta n’adressera aucune recommandation à ses membres. Dans le milieu médical romand, les pratiques d’Assura sont jugées «égoïstes», mais rien n’empêche un médecin de refuser les patients affiliés à cette caisse bon marché, qui les oblige à payer eux-mêmes leurs factures jusqu’à hauteur de franchise.

«Le refus d’admettre des patients en raison de leur affiliation à une caisse maladie me paraît problématique», a estimé dans SonntagsBlick le directeur d’Assura, Fredi Bacchetto. Il n’en dira pas plus: sa caisse prépare la riposte pour cette semaine, elle qui vient d’éjecter son administrateur Jean-Paul Diserens et de reprendre les assurés Supra, en faillite.

Assura manque-t-elle de fair-play? La caisse vaudoise a pour elle le respect de la LAMal. Et le refus l’an dernier par le peuple du projet Managed Care visant à ancrer les réseaux de soins intégrés dans la loi. La contre-attaque d’Assura visera cette fois des réseaux de médecins accusés de s’enrichir sur le dos des patients. Un débat qui relancera l’idée d’une caisse unique…