Tous les moyens ne sont pas bons pour appâter les assurés

En ce mois de novembre, pendant lequel l’on peut encore changer de caisse maladie, des milliers de Vaudois ont découvert d’alléchantes publicités dans leurs boîtes aux lettres. «Changez d’assurance-maladie avant le 30 novembre et économisez 3500 francs par année», «assurances complémentaires gratuites», «votre professionnel agréé par l’autorité fédérale (FINMA)»: rien ne manque pour tenter de séduire une nouvelle clientèle, pas même l’écusson du canton de Vaud.

Le problème, c’est qu’il y a loin de la coupe aux lèvres et que l’avenir promis à ceux qui pourraient se laisser tenter n’est pas aussi rose que cela. Basée à Lausanne, Fixas Sàrl, l’entreprise qui distribue les flyers, est un courtier spécialisé «dans la recherche et la négociation de mandats ou de contrats» avec les banques, les assurances ou les sociétés immobilières. Si elle figure bel et bien dans le registre des intermédiaires d’assurance de la FINMA, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers, son porte-parole, Vincenz Mathys, confirme que les primes qu’elle promet ne sont pas soumises à son contrôle, qui se concentre uniquement sur les assurances complémentaires.

Avertissement du canton

Au téléphone, un collaborateur de Fixas, dont le patron est «injoignable», affirme que la société est «une fiduciaire, qui collabore avec les caisses maladie. Nous nous déplaçons gratuitement, poursuit-il, pour établir une évaluation de vos polices d’assurances et vous rendre service.» Gratuitement? Mais alors comment l’entreprise peut-elle gagner sa vie? «Je ne peux pas vous le dire.» Et l’utilisation de l’écusson vaudois, n’est-elle pas abusive, ne requière-t-elle pas une autorisation cantonale? «Pas du tout: il est là pour montrer que nous travaillons dans toute la Suisse romande, donc aussi dans le canton de Vaud.»

Au sein de l’Administration cantonale, pourtant, on voit les choses d’une façon radicalement différente. «Alerté par la Fédération romande des consommateurs, le Service des assurances sociales a écrit à Fixas Sàrl une première fois le 15 octobre dernier, révèle Pierre-Yves Maillard, conseiller d’Etat en charge de la santé, pour leur demander des éclaircissements sur la FINMA et leur interdire d’utiliser l’écusson vaudois.» La société a répondu le 24 octobre, en joignant un extrait du registre de la FINMA et en affirmant que leur action publicitaire était «légale». Du coup, c’est le chancelier de l’Etat de Vaud, Vincent Grandjean, qui a été contraint d’envoyer un nouveau courrier à Fixas, le 31 octobre, afin de lui intimer l’ordre de supprimer immédiatement l’écusson vaudois de ses flyers, faute de quoi la société s’exposerait à des sanctions pénales en vertu d’une loi fédérale qui date de 1931.